QU’AVEZ-VOUS FAIT POUR LA SANTÉ DES CONGOLAIS ?
Le 24 janvier 2019 restera une date historique pour la République démocratique du Congo : pour la première fois, le pays connaissait une passation pacifique de pouvoir au sommet de l’État. Depuis le perron du Palais de la Nation, Félix Antoine Tshisekedi, fraîchement élu président de la République au suffrage universel direct, dévoilait alors les grandes lignes de son projet de société. Parmi ses promesses phares figurait l’engagement d’accroître de 10 % par an la couverture des populations par un système d’assurance-maladie durable. L’ambition affichée était claire : bâtir un écosystème de santé inclusif, capable de protéger toutes les catégories sociales.
Six ans plus tard, la question demeure : qu’en reste-t-il réellement ? Un décryptage s’impose.
Dossier réalisé par François Joseph Mukandila, Paul-Daniel
Okemba et Jérôme Batungassana
La CSU n’est pas une option mais un devoir
Environ 50 millions de Congolais représentant 60 % de la population n’ont
pas accès au système de santé. La vaillance et la bravoure de notre personnel
du secteur mérite le renforcement des moyens humains et matériels adéquats.
Nous demanderons au gouvernement de prendre des mesures rapides pour la
réhabilitation des hôpitaux de référence, la construction de plateformes de santé
et la mise en place d’un système de couverture sanitaire à travers des
mutuelles de santé. Nous ne pouvons pas accepter un système de santé défaillant
au péril de la vie de nos concitoyens.
Le gouvernement aura pour mission d’accroître de 10% par an le taux de
couverture des populations par un système d’assurance-maladie abordable et
efficace jusqu’à l’atteinte de la couverture maladie universelle. Nous
réformerons en ce sens la Caisse Nationale de Sécurité Sociale et allons
promouvoir la mise en place d’un écosystème de couverture santé adapté couvrant
l’ensemble des catégories sociales.
( Extrait du discours de Félix Tshisekedi le 24 janvier 2019)
Fils d’Étienne Tshisekedi, figure historique de l’opposition congolaise, et ayant passé une grande partie de sa vie en Europe, Félix Tshisekedi affichait dès son investiture la volonté de placer la santé publique au cœur de son action. Son ambition : garantir à chaque Congolais un accès équitable aux soins. Une orientation qui s’inscrit dans la lignée idéologique de son parti, l’UDPS, dont le credo reste inchangé : « Le peuple d’abord », avec en toile de fond la quête du bien-être social pour tous.
Quel gouvernement pour mener la réforme ?
Le choix de Sylvestre Ilunga
Ilukamba comme Premier ministre avait, dès l’annonce, suscité des débats. À
plus de 70 ans, certains y voyaient un vétéran aguerri de la scène politique,
capable de stabiliser le navire gouvernemental. D’autres, en revanche,
doutaient de sa capacité à incarner le renouveau promis par Félix Tshisekedi.
Une fois nommé, Ilukamba inscrit
pourtant la santé au cœur de son programme. Devant l’Assemblée nationale, en
septembre 2019, il martèle ses priorités : « l’amélioration des conditions
sociales avec comme principaux axes : l’éducation comme clé du changement et
principal ascenseur social, l’accès aux soins de santé pour tous et l’assurance
d’une couverture de santé universelle ».
Des engagements ambitieux, certes,
mais difficiles à concrétiser dans un contexte budgétaire contraint et des
institutions fragilisées.
Programme de 100 jours
Lors
de son allocution du 2 mars 2019, Félix Antoine Tshisekedi lançait en grande
pompe son programme d’urgence des 100 premiers jours. La santé figurait parmi
les priorités. Le président promettait la réhabilitation d’hôpitaux
emblématiques comme Maman Yemo et les Cliniques universitaires de Kinshasa,
l’achèvement de l’hôpital Sendwe à Lubumbashi, l’inauguration de nouveaux
centres de santé, et même la construction d’un hôpital spécialisé contre Ebola
en Ituri. Sur le papier, l’ambition était claire : remettre à niveau un système
hospitalier délabré.
En
attendant la nomination d’un Premier ministre, le cabinet présidentiel s’empare
du dossier et imprime le tempo. Mais l’élan ne tiendra pas ses promesses. Si
l’on note bien la construction d’un hôpital militaire ultramoderne au camp
Tshatshi, le programme n’ira pas jusqu’à son terme. En août 2019, coup de
tonnerre : le ministre de la Santé, Oly Ilunga, est arrêté pour détournement de
fonds. Condamné à cinq ans de travaux forcés, son cas illustre à lui seul la
fragilité du secteur.
Car
la santé, loin d’être un parent pauvre, concentre d’importants crédits censés
améliorer le quotidien des Congolais… Mais trop souvent détournés au profit
d’intérêts particuliers. Dans l’entre-temps, promulguée en décembre 2018, la
loi 018/035 fixant les principes généraux relatifs à l’organisation de la santé
publique a sorti ses effets en avril 2019, soit six mois après. Elle consacre
la renaissance d’un secteur de santé moderne. Une architecture en quatre
grandes institutions qui pilotent la réforme majeure de Félix Tshisekedi, la
couverture santé universelle.
QUID DE LA COUVERTURE SANTÉ UNIVERSELLE ( CSU) ?
Un
droit, pas un privilège selon l’OMS. Pour l’Organisation mondiale de la santé
(OMS), la Couverture santé universelle (CSU) ne relève pas du confort, mais
d’un droit fondamental. Concrètement, elle garantit que chaque individu puisse
recevoir les soins dont il a besoin, au bon moment, sans risquer de basculer
dans la pauvreté.
La
CSU ne se limite pas aux soins curatifs : elle accompagne chaque étape de la
vie, de la prévention à la promotion de la santé, en passant par le traitement,
la réadaptation et même les soins palliatifs. Derrière cet objectif se cachent
deux enjeux majeurs : protéger la santé des populations et sécuriser leur
avenir économique.
Car
dans de nombreux pays où les systèmes de santé sont fragiles, une simple hospitalisation
ou un traitement lourd peut suffire à ruiner une famille. Ventes de biens,
dettes insoutenables, économies anéanties : le coût de la maladie devient alors
un fardeau collectif, qui pèse sur les malades mais aussi sur leurs enfants et
petits-enfants.
Un baromètre du développement durable
Pour
les Nations-unies, la santé n’est pas seulement une question de bien-être :
elle est à la fois une condition préalable, un résultat tangible et un
véritable baromètre du développement durable. C’est dans cette logique que la
Couverture santé universelle (CSU) a été inscrite au cœur des Objectifs de
développement durable N° 3 (ODD 3) à l’horizon 2030 : «Permettre à tous de
vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge».
Une ambition majeure pour la RDC
La Couverture Santé Universelle (CSU) incarne une
ambition majeure pour la RDC : offrir à chaque citoyen l’accès à des soins de
qualité, sans discrimination et sans risque d’appauvrissement lié au coût des
traitements. « La santé ne peut plus
être un luxe réservé à quelquesuns. La Couverture Santé Universelle est un
impératif et un droit pour chaque Congolais. Notre engagement est clair :
transformer notre système de santé pour qu’il réponde aux besoins de tous, sans
distinction de revenu ni de statut social. Cela passe par l’investissement dans
nos infrastructures, la formation et le déploiement efficace des professionnels
de santé, et la garantie d’un accès équitable aux soins sur l’ensemble du
territoire », affirme le Dr Samuel Roger Kamba, ministre de la Santé de la RDC
Les réformes majeures en RDC
Le 1er juin 2021, Félix Tshisekedi
installe, par ordonnance, le Conseil national pour la couverture santé
universelle (CNCSU). Placé sous sa présidence directe, cet organe pilote
comprend au moins de dix ministres. Sa mission : concevoir, orienter et suivre
toutes les interventions liées à la Couverture santé universelle (CSU) en RDC.
À ses côtés, Roger Kamba, son conseiller spécial en charge de la CSU, assure la
coordination du comité technique chargé de transformer les ambitions en actions
concrètes. En décembre 2021, le gouvernement dévoile un plan stratégique
national destiné à tracer la feuille de route. Les objectifs sont ambitieux :
augmenter de 30 % l’espérance de vie des Congolais, réduire de moitié la
mortalité maternelle et diviser par deux la mortalité infanto-juvénile. À plus
court terme, il s’agit d’accroître à 60 % la couverture des services de santé
essentiels et de mettre fin au paiement direct des soins, l’un des principaux
freins à l’accès aux services de santé.
En toile de fond, ce plan stratégique
met l’accent sur l’accès universel non seulement aux soins, mais aussi à des
services essentiels tels que l’eau potable, l’électricité, l’assainissement et
un environnement propice à la santé. Autant de leviers sans lesquels la CSU
resterait un slogan.
Les piliers de la CSU
Trois piliers structurent cette
vision : l’amélioration de la qualité des soins, l’équité dans leur accès et la
protection financière des ménages.
• Le fonds de solidarité de
santé FSS
La création du Fonds de solidarité
de santé (FSS) constitue un pilier central. Institué par la loi n°18/035 et
renforcé par le décret n°22/13 du 9 avril 2022, le FSS est un établissement
public destiné à financer la CSU. Il se nourrit de différentes sources : le
budget de l’État, les contributions des régimes d’assurance-maladie, ainsi que
les dons et legs.
LES PILIERS DE LA CSU
▲ Félix
Tshisekedi inaugure le CMTT de Lubumbashi
Pour une première fois en RDC, ce
fonds couvre plusieurs régimes d’assurance :
}
Assurance maladie
obligatoire pour les fonctionnaires actifs et retraités des services publics de
l’État : Depuis le 8 mai 2025, les militaires et policiers bénéficient de la
couverture des risques et maladies professionnelles. Ce système est financé par
des cotisations : une part de 3% du salaire des agents et une part de 12% de
l’État.
}
Assurance maladie
obligatoire pour les travailleurs régis par le Code du travail, actifs et
retraités : elle a démarré dans certains corps comme à la magistrature
}
Assurance maladie
scolaire et estudiantine : en cours
}
Assurance maladie du
secteur informel : en cours
}
Assistance médicale de
l’État aux personnes vulnérables. Celleci est déjà effectivee depuis le
lancement de la maternité gratuite pour toutes les femmes enceintes.
« La CSU n’est pas une option mais un devoir »
dit Félix Tshisekedi lors du lancement en 2023 du programme de la gratuité de
la maternité et des soins du nouveau-né.
L’Institut National de Santé Publique (INSP)
: sentinelle de la santé
L’Institut
National de Santé Publique (INSP) est chargé de centraliser l’information, de
mobiliser les compétences et de mettre en place un cadre de riposte performant.
Elle a pour mission de prévenir, détecter et répondre efficacement aux et
autres urgences sanitaires, protégeant ainsi la population congolaise des
menaces sanitaires.
Les agences clés pour un système de santé
performant
Plusieurs
agences appuient la Couverture santé universelle (CSU) en RDC, chacune avec un
rôle précis :
}
Agence nationale de
l’ingénierie clinique, de l’information et de l’informatique de santé (ANICNS)
: pilier de la transformation digitale du système de santé, elle vise à
moderniser la gestion des données et à améliorer le suivi des patients.
}
Agence nationale des
médicaments essentiels et des produits de santé (ANAMED) : garante de la
disponibilité, de la qualité et de la distribution des médicaments sur
l’ensemble du territoire.
} Autorité congolaise de régulation pharmaceutique
(ACOREP) : veille à la qualité, à la sécurité et à l’efficacité des
médicaments, protégeant ainsi la population contre les produits défectueux ou
dangereux.
Le Programme de Développement Local
(PDL-145T) : rapprocher les soins des
populations rurales
} Après le programme de 100 jours, le président Félix
Tshisekedi a lancé le Programme de Développement
} Local des 145 Territoires (PDL145T), qui mise sur
la santé de proximité. À la fin octobre 2024, 276 centres de santé avaient déjà
été construits sur les 786 prévus à travers le pays, dont 181 entièrement
équipés et remis aux communautés.
} L’ambition est simple : éviter aux populations
rurales de parcourir des dizaines de kilomètres pour accéder à un hôpital, et
garantir à tous un minimum de soins de qualité, où qu’ils vivent. Une façon de
réduire les inégalités sanitaires entre la capitale et l’arrière-pays, tout en
posant les bases d’un système plus équitable.
Des hôpitaux de référence pour renforcer le système de santé
Plusieurs hôpitaux de référence
ont été inaugurés ces dernières années afin de moderniser le système de santé
et rapprocher les soins des populations :
}
Le Centre Hospitalier
du Camp ColonelTshatshi, inauguré le 8 avril 2023 à Kinshasa, remplit une
double mission essentielle : offrir des soins de haut niveau aux membres de la
Garde républicaine et à leurs familles, tout en s’ouvrant aux populations
civiles voisines ;
}
Hôpital de référence
de la Muya : inauguré en décembre 2024 par le président Félix Tshisekedi, c’est
le premier hôpital moderne au centre du pays, entièrement équipé avec du
matériel de dernière génération ;
}
Hôpital général de
référence de Mwangeji : situé dans la province du Lualaba, ce complexe
hospitalier de niveau tertiaire a été ouvert en juin 2025. Il répond à un
besoin crucial : offrir localement des soins de qualité à la population ;
}
Centre hospitalier
Tshisekedi Tshilombo (CHTT) : inauguré à Lubumbashi en avril 2025, ce centre
hospitalier, qui porte le nom du président, marque un jalon important pour le
secteur de la santé, bénéficiant aux assurés sociaux, aux populations locales
et même à la sous-région ;
}
Centre hospitalier
universitaire La Renaissance (ex-Mama Yemo) : longtemps abandonné, ce vaste
établissement hospitalier a été entièrement modernisé et remis au public en
décembre 2023, offrant à nouveau des infrastructures de pointe à la capitale ;
La modernisation des cliniques universitaires de Kinshasa ( PRECUK ).
Des avancées concrètes pour la
néphrologie pédiatrique
« Notre priorité est d’offrir à
chaque Congolais un accès à des soins de qualité », explique Roger Kamba,
ministre de la Santé. Cela passe par l’innovation, le renforcement des
infrastructures et l’équipement des hôpitaux avec des dispositifs modernes. En
mai 2025, cette ambition se concrétise avec le lancement officiel des activités
de dialyse péritonéale aiguë chez l’enfant. La première pose de cathéter de
dialyse péritonéale (Kt de DP) a été réalisée directement au chevet du patient,
avec des liquides de dialysat préparés localement. Une avancée majeure pour les
soins néphrologiques pédiatriques, qui permet désormais de traiter sur place
des cas jusque-là difficiles à gérer en RDC. À l’inverse, certaines structures
continuent de souffrir. Des travaux de réhabilitation sont en cours pour la
maternité de Kintambo, tandis que l’hôpital de référence de Kinshasa, dit
Sanatorium, reste dans un état vétuste. Il en est de même de la clinique
kinoise située à Gombe. Ce contraste illustre les défis persistants du système
hospitalier congolais, entre infrastructures modernisées et établissements
laissés à l’abandon.
• Un
terrain propice aux épidémies
Six ans après le lancement des réformes, et malgré l’émergence de
nouvelles infrastructures hospitalières, les crises sanitaires restent monnaie
courante en RDC. Outre la pandémie de COVID-19 qui a marqué l’année 2019, le
pays continue de faire face à des flambées récurrentes de choléra, de maladie à
virus Ebola et plus récemment de Mpox (variole du singe). Ces épidémies, qui
ressurgissent régulièrement, mettent à rude épreuve un système de santé encore
fragile et mobilisent d’importants moyens humains et financiers, souvent dans
l’urgence.
Le choléra
En mai 2025, le ministre de la Santé, Samuel Roger Kamba, a
officiellement déclaré une nouvelle flambée de choléra touchant six provinces :
Haut-Katanga, Tanganyika, Sud-Kivu, Nord-Kivu, Tshopo et Kongo Central. Selon
l’OMS, la situation a rapidement pris une ampleur inquiétante : entre janvier
et août 2025, la RDC a recensé plus de 44 000 cas suspects et 1 238 décès, soit
plus du double des chiffres enregistrés à la même période en 2024.
Particulièrement frappée, Kinshasa connaît une épidémie d’une intensité rare.
Vingtsept de ses 35 zones de santé sont désormais touchées, avec un taux de
létalité de 8 %, bien supérieur à la moyenne nationale de 2,7 %. Face à
l’urgence, une campagne de vaccination a été lancée fin août dans la capitale
et plusieurs provinces, dans l’espoir de contenir la propagation du virus.
Mpox : une épidémie
persistante et sous-estimée
Déclarée
en épidémie nationale fin 2022, la Mpox (variole du singe) continue de peser
lourdement sur le système de santé congolais.
Entre le 1er janvier et le 31 mai
2025, la RDC a enregistré 12 208 cas suspects et 22 décès, soit plus de la
moitié des cas rapportés en Afrique sur la période, selon l’OMS.
À Kinshasa, la Clinique Kinoise est
devenue le principal centre de référence pour les formes graves. Dotée de 42
lits et accueillant en moyenne une vingtaine de patients, elle ne dispose
pourtant que d’une poignée de soignants spécifiquement formés à la prise en
charge de la Mpox. Les équipes travaillent dans des conditions précaires,
marquées par des pénuries chroniques de gants, de médicaments et d’équipements
de protection. Résultat : un taux de mortalité proche de 10 %, bien supérieur à
ce qui est observé ailleurs.
Pour tenter
d’endiguer la propagation, une campagne de vaccination ciblée a été lancée,
avec le soutien de partenaires comme l’UNICEF. Mais les défis restent
considérables : faibles capacités de surveillance épidémiologique, manque de
tests de laboratoire, accès limité aux traitements antiviraux. La riposte est
d’autant plus compliquée été confirmés que le pays doit, dans le même temps,
gérer d’autres urgences sanitaires comme le choléra ou la rougeole, sans
compter l’insécurité persistante dans l’Est.
Ebola : le
retour du virus au Kasaï
Début septembre 2025, le ministère de la Santé a annoncé la
résurgence du virus Ebola dans la province du Kasaï. En quelques jours, 28 cas
ont confirmés, dont 15 décès. Parmi les victimes figurent deux membres du
personnel soignant, rappel cruel du danger qui pèse sur ceux qui sont en
première ligne.Selon ONU Info, des analyses effectuées à l’Institut national de
recherche biomédicale (INRB) de Kinshasa ont confirmé la présence de la souche
la plus redoutée : le virus Ebola Zaïre, identifié pour la première fois en RDC
dans les années 1970. Ce n’est pas une première pour le Kasaï, déjà frappé par
des épidémies en 2007 et 2008. Depuis sa découverte en 1976, la RDC a connu 15
flambées d’Ebola. La dernière, survenue dans la province de l’Équateur en 2022,
avait pu être maîtrisée en moins de trois mois. Mais chaque résurgence rappelle
combien le pays reste vulnérable : dans l’Est comme dans le centre, l’ombre
d’Ebola continue de planer sur un système de santé déjà fragilisé par d’autres
crises.
Le personnel soignant, pilier de la réforme sanitaire
Au cœur de la politique de santé de
Félix Tshisekedi, une conviction s’impose : sans personnel soignant formé et
motivé, l’accès universel aux soins restera une chimère. Dès son arrivée au
pouvoir, le président s’est attaqué à un dossier explosif : celui de la prime
de risque, longtemps réclamée par les médecins.
Sur les 7 723 praticiens recensés dans le fichier dit « Bibwa », 6 017 ont finalement été alignés à cette prime. En 2022, un protocole d’accord, désormais connu sous le nom d’Accord de Bibwa, a permis de solder ce contentieux en élargissant le dispositif : près de 3 000 infirmiers ont obtenu la même reconnaissance, accompagnée de la signature d’un nouveau barème salarial.La mesure ne s’est pas arrêtée là. Dans le même élan, 100 pharmaciens, 20 chirurgiens, 18 médecins physiques, 1 000 administratifs et 800 autres agents de santé ont également été intégrés à la prime au quatrième trimestre de 2022. Une avancée saluée comme un pas décisif vers la revalorisation d’un corps médical longtemps sousestimé, même si les défis de motivation et de conditions de travail restent entiers
Des progrès en
chiffres entre 2019 et 2025
Les chiffres montrent le chemin parcouru entre
2019 et 2025. Toutefois, malgré des avancées indéniables, des défis demeurent :
1.
ACCÈS AUX
SOINS
Seulement 28% de la population avait un accès régulier à des
structures de santé de premier niveau ; contre 41%, grâce à l’ouverture de
centres de santé communautaire et la réhabilitation d’hôpitaux urbains
(Ngaliema, Cliniques Universitaires, Hôpital du Camp Tshatshi).
2.
RESSOURCES
HUMAINES EN SANTÉ
Pour 100 000 habitants, on note
environ 0,9 médecin et 4 infirmiers ; contre 1,3 médecin et 6 infirmiers. Cette
statistique reste encore loin de la norme OMS (10 médecins et 30 infirmiers
pour 10 000).
TENDANCE
: progression lente, mais significative : +13 points en 6 ans
3.
BUDGET DE LA
SANTÉ
Le budget national consacré à la santé
représentait 6,8 % du budget de l’État. Il atteint 9,4 %, avec une hausse
progressive des investissements dans les infrastructures hospitalières et la
rémunération du personnel.
TENDANCE : +2,6 points, mais encore
inférieur à l’engagement d’Abuja (15 %).
4.
MORTALITÉ
MATERNELLE ET INFANTILE
Mortalité maternelle :
473 décès Pour 100 000 naissances
vivantes, on note 473 décès contre 392.
Mortalité infantile (moins de 5 ans) :
Pour 1 000 naissances vivantes, on
note 85 décès contre 68. TENDANCE : Baisse de 15 à 20 %, mais la RDC reste l’un
des pays les plus touchés en Afrique.
5.
VACCINATION
La couverture vaccinale DTC3
(diphtérie-tétanos-coqueluche) est passée de 56 à 71%, grâce à l’Initiative
Gavi et aux campagnes nationales.
TENDANCE : +15 points, mais la
couverture reste hétérogène selon les provinces.
6.
PALUDISME,
TUBERCULOSE ET VIH
Paludisme :
Cas déclarés 24 millions contre 19
millions de cas estimés en 2025, soit (−20 %) VIH/Sida :
Prévalence adulte 1,2 % contre 0,9 %
en 2025 Tuberculose :
Une incidence de 324 cas pour 100 000
habitants contre 210 cas pour 100 000 habitants.
TENDANCE : Progrès visibles mais
encore insuffisants face aux défis épidémiologiques.
5.
INFRASTRUCTURES
HOSPITALIÈRES
Environ 430 hôpitaux fonctionnels sur
tout le territoire contre plus de 520 hôpitaux opérationnels, dont plusieurs
modernisés à Kinshasa, Lubumbashi et Goma.
TENDANCE : +20 %, avec un écart
urbain-rural qui persiste.
Progrès tangibles mais
défis persistants
En six ans, la République démocratique
du Congo (RDC) a incontestablement enregistré des avancées dans le secteur de
la santé. Les chiffres témoignent d’une hausse du taux de couverture vaccinale,
d’une réduction relative de la mortalité maternelle et infantile, et d’un
meilleur accès aux soins primaires, notamment dans certaines zones urbaines.
Mais ces progrès, réels, demeurent
fragiles. Avec une population qui a franchi le cap des 90 millions d’habitants
en 2025, la pression sur des infrastructures hospitalières déjà saturées ne
cesse de croître. Dans l’Est, les conflits armés continuent de paralyser
l’offre de soins et frappent de plein fouet les populations déplacées, souvent
privées de services de santé de base.
La Banque mondiale estime pourtant que
si cet élan est maintenu - et soutenu par une gouvernance plus rigoureuse et
des financements durables - la RDC pourrait, d’ici 2030, se doter d’un système
de santé plus robuste. Un système capable non seulement de gérer les urgences
sanitaires mais aussi de répondre aux besoins d’une population jeune et en
pleine expansion.![]()
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