Professeure NADEGE NGOMBE KABAMBA
Professeure NADEGE NGOMBE KABAMBA DOCTEURE EN SCIENCES PHARMACEUTIQUES. MSc EN CHIMIE ET TECHNOLOGIE ALIMENTAIRE. Les maladies animales transmises à l'homme représentent une menace potentielle pour la santé publique. Elles constituent une menace potentielle pour la santé publique. La présence de nombreux pathogènes partagés entre les secteurs humain et animal a donné lieu à une approche intégrée, le concept One Health / Une seule santé. Interview réalisée par Jérôme Batungassana.
INTERVIEW
LE METROPOLIS SANTE + : Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs, madame la Professeure ?
PR NADEGE NGOMBE KABAMBA : Je suis pharmacienne, spécialiste en Chimie et Technologie alimentaire, Docteure en Sciences Pharmaceutiques (Université de Kinshasa / Université Catholique de Louvain). Professeure Ordinaire affiliée à la faculté des Sciences Pharmaceutiques de l’Université de Kinshasa. Coordonnatrice de la Commission de Coordination « Une Santé », Plateforme « Une Santé » de la RDC.
Ainsi, Le Gouvernement de la RDC a opté de mettre en place depuis 2022, l’Institut National de Santé Publique (INSP) au sein duquel est logé le Centre des Opérations d’Urgences de Santé Publique (COUSP) pour la gestion des urgences de santé publique et autres catastrophes. Cette gestion intègre tous les risques potentiels et sera efficace et efficiente pour les urgences de Santé Publique.
Le système de santé congolais jusqu’ à très récemment ne répondait pas adéquatement aux facteurs qui entrainent et favorisent l’émergence ou la réémergence des maladies, spécifiquement les maladies zoonotiques. Le Focus a été placé sur les disciplines isolées, les inégalités dans la répartition des ressources, les programmes d’éducation manquent des éléments pratiques nécessaires pour tacler les problèmes qui se posent à l’interface homme-animal-environnement, la communication est parfois mise de côté. Sans compter que la RDC fait face à plusieurs épidémies dont plus de 70% proviennent du monde animal. Cependant, les capacités du pays à prévenir, à la préparation et à la réponse sont limitées
Ainsi, le gouvernement de la RDC a opté de mettre en place depuis 2022, le Centre des Opérations d’Urgences de Santé Publique (COUSP) au sein de l’Institut National de Santé Publique (INSP) pour la gestion des urgences de santé publique. Cette gestion tient compte de l’ensemble des menaces qui intègrent tous les risques potentiels et sera efficace et efficiente pour les urgences de Santé Publique.
Aujourd’hui, on parle de plus en plus du concept « One Health / Une Santé ». Pourquoi parler d’une seule santé ? Quelles sont les implications de cette approche globale et des enjeux de santé en RDC ?
« Résoudre les menaces d’aujourd’hui et les problèmes de demain ne peut être accompli avec les approches d’hier ». « Nous devons concevoir des solutions adaptatives, prospectives et multidisciplinaires aux défis qui nous attendent sans aucun doute ». Wildlife Conservation Society, 2004.
L’approche « une Santé » fait donc partie des solutions adaptatives, prospectives et multidisciplinaires aux défis de santé actuels auxquels la RDC ou mieux le monde fait face. C’est une approche intégrée de la santé face à la mondialisation des risques sanitaires, elle résume un concept connu depuis plus d’un siècle, à savoir que la santé humaine, la santé animale et la santé végétale sont interdépendantes et liées à celle des écosystèmes dans lesquels elles existent. « Une santé » est une approche collaborative, multisectorielle et transdisciplinaire.
Vous êtes la Coordonnatrice de la Commission de Coordination « One Health » en RDC. Il s’avère que la mise en œuvre de l´approche One Health dans les politiques sanitaires des pays représente actuellement une stratégie efficace pour l´amélioration des interventions du pays en rapport avec la santé humaine, animale et environnementale. Quels sont, selon vous, les facteurs qui limitent encore son opérationnalisation chez les prestataires de la sécurité sanitaire en RDC ?
Bien que la République démocratique du Congo ait adopté cette approche et cherche à la mettre en œuvre dans son système de santé comme recommandé par l’OMS, plusieurs facteurs s´opposent à sa mise en œuvre effective. Les facteurs qui limitent son opérationnalisation sont multiples. Je peux citer quelques-uns : les biais et habitudes professionnels, l’inertie, la routine ; la culture ; les politiques et règlements ; les lois en vigueur ; l’histoire et le passé professionnel ; les ressources (humaines, matérielles, financières), etc.
Quelles sont les initiatives au niveau national ?
Plusieurs initiatives ont permis de poser les jalons de l’implémentation de l’approche One Health en RDC. Nous citons : la création par arrêté ministériel de la Commission de coordination One Health après consultation des parties prenantes en 2011. A savoir : l’élaboration du Manuel de gouvernance et du règlement d’ordre intérieur avec le soutien de la FAO ; l’élaboration du plan stratégique « Une santé » 2022-2027 avec le soutien d’AFROHUN, Breakthrough ACTION / USAID, FAO, OMS ; la déconcentration de la Commission au niveau provincial (15 sur 26 provinces ont déjà des comités One Health) ; l’état des lieux et évaluation des besoins en ressources humaines du secteur santé avec OHCEA/USAID ; l’Évaluation conjointe des risques liés aux zoonoses avec laTripartite OMS-OIE-FAO ; la publication trimestrielle d’un bulletin d’information One Health …
Comment êtes-vous arrivée à la tête de cette Commission ?
C’est par arrêté ministériel que j’ai été nommée coordonnatrice nationale.
Pensez-vous avoir réussi dans ce secteur ?
Je suis arrivée à apporter ma contribution à l’édifice « One Health » de la RDC.
Quel est l’avenir des soins de santé avec l’approche "One Health" ? Avez-vous un plan d’action pour 2025 ?
Chaque année, nous élaborons un plan d’action opérationnel qui tire sa source dans le plan stratégique 2022-2025. L’approche une santé amène à ce que les différents secteurs (santé, animal et environnement) puissent collaborer, communiquer en vue de passer en revue les problèmes de santé complexes se situant à l’interface homme-animal-environnement. Quant à l’avenir des soins de santé en RDC, il est dépendant de la mise en œuvre de la couverture santé universelle.
Par ailleurs, les zoonoses sont des maladies infectieuses ou parasitaires transmises à l’être humain par des animaux. Le terme a été popularisé dans le débat public au moment de l’apparition de la Covid-19, en mars 2020. Ce dernier n’est pourtant que le nouvel entrant d’une longue liste qui s’allonge irrémédiablement depuis des décennies, et à laquelle appartiennent aussi le VIH/SIDA, le virus Ébola, le Mpox, le paludisme, la rage, etc. L’Afrique n’est malheureusement pas épargnée par les zoonoses. À vrai dire, elle est même concernée au premier chef. Pourquoi l’Afrique est-elle généralement concernée, et la RDC l’est beaucoup plus particulièrement encore ?
L’Afrique, la RDC en particulier, fait partie des pays ayant en leur sein les forêts du Bassin du Congo : 60% des forêts du bassin du Congo représentant environ 145 millions d’hectares. Il est le deuxième poumon vert de la planète après l’Amazonie. Le bassin du Congo est un « puits à carbone » qui stocke « six ans d’émission mondiale de CO ». La plus grande biodiversité d’Afrique régorgeant un écosystème qui prédispose : aux épidémies (Maladies à virus Ebola, Mpox, fièvre jaune, salmonelloses, rage) et aux catastrophes naturelles.
La RDC constitue un des points chauds de l’ermergence et la réémergence des maladies zoonotiques. Comment endiguer les zoonoses ?
Un système de gestion multisectoriel des maladies zoonotiques permettra au pays de mieux organiser la prévention, la détection ainsi que la riposte à ces maladies.
Madame, vous êtes Docteure en Sciences Pharmaceutiques et Enseignante à l’Unikin. Dans son livre intitulé : « La criminalité pharmaceutique en République démocratique du Congo. Une véritable menace au droit à la santé », Starmans BOFOE LOKANGU, Docteur en droit économique et social, Professeur des universités et vice doyen chargé de l’enseignement à la Faculté de droit de l’Université de Kisangani, peint la situation dans votre domaine d’activités en ces termes : « Pendant que l’humanité assiste passivement à la criminalité pharmaceutique qui englobe la contrefaçon pharmaceutique, la fabrication et le commerce des médicaments falsifiés, gâtés, périmés, illicites ou de qualité douteuse, les patients mettent leur santé en danger. Comme instrument d’interpellation des autorités politiques et sanitaires, des professionnels de droit et de santé, l’ouvrage démontre qu’il est utopique de croire en l’exercice du droit à la santé en présence d’une criminalité pharmaceutique consacrée et institutionnalisée qui constitue une véritable menace pour la population. L’assainissement du secteur pharmaceutique et la répression dissuasive de « pharmacriminels » restent des mécanismes correctifs pour juguler ce fléau en RDC ». Votre commentaire, Professeure …
L’assainissement du secteur pharmaceutique en République Démocratique du Congo (RDC) est une étape cruciale pour garantir un accès sécurisé et adéquat aux médicaments pour la population, surtout dans un contexte marqué par des défis économiques, sanitaires et de gouvernance. C’est un processus complexe mais nécessaire. En mettant en œuvre des mesures robustes pour garantir la qualité et la sécurité des médicaments, la RDC peut améliorer significativement la santé de sa population. Il est impératif que les acteurs gouvernementaux, les professionnels de santé, et la communauté collaborent pour créer un environnement où les patients peuvent avoir confiance dans les produits qu’ils reçoivent. Cela nécessitera un engagement continu, des ressources adéquates, et une volonté politique pour mener à bien cette transformation.
A vous de conclure, Madame …
Nous sommes tous dans un même bateau. Comme dans l’arche de Noé, les décideurs, les citoyens, les chercheurs et les travailleurs aux échelles locale, nationale et mondiale sont appelés à mettre en œuvre des interventions conjointes pour répondre aux menaces qui pèsent sur la santé de la RDC et la santé mondiale.
ENCADRE
COMPRENDRE L’APPROCHE ONE HEALTH
One Health est une stratégie mondiale visant à développer les collaborations interdisciplinaires pour la santé humaine, animale et environnementale. Elle promeut une approche intégrée, systémique et unifiée de la santé aux échelles locale, nationale et mondiale, afin de mieux affronter les maladies émergentes à risque pandémique, mais aussi s’adapter aux impacts environnementaux présents et futurs.
Approche One Health comme moyen d’améliorer le système sanitaire en Afrique : le cas de la RDC
Avec une superficie de 2.345.410 km2 et une population estimée à 91.592.083 personnes, la RDC renferme la plus grande biodiversité d’Afrique et un écosystème qui la prédispose à des épidémies, des épizooties et des catastrophes naturelles. Il a été rapporté par Global Trends In Emerging Infectious Diseases qu’environ 70% des maladies émergentes et réémergentes sont à l’interface entre l’homme, l’animal et l’environnement. La nette augmentation du nombre d’épidémies d’origine zoonotique est observée pour partie du fait d’une multiplication des contacts entre humains et faune sauvage suite à la perturbation des écosystèmes (déforestation, exploitation minière…). Ces maladies infectieuses émergentes et réémergentes à caractère zoonotique (Ebola, rage, fièvre jaune, Mpox, Covid-19...) ainsi que la Résistance aux Antimicrobiens (RAM) constituent de nos jours des menaces pour la Santé Publique et ont poussé l’humanité à prendre conscience du fait que la santé humaine, la santé animale et la santé environnementale sont étroitement liées. Pour la Wildlife Conservation Society, 2004 a établi que « Résoudre les menaces d’aujourd’hui et les problèmes de demain ne peut être accompli avec les approches d’hier » ; nous devons concevoir des solutions adaptatives, prospectives et multidisciplinaires aux défis qui nous attendent sans aucun doute.
Ainsi, face à ces menaces, et en application des directives du Règlement Sanitaire International (RSI, 2005), du Code sanitaire des animaux terrestres, du Code sanitaire des animaux aquatiques, de la Convention sur la Biodiversité ainsi que du Programme d’action pour la Sécurité Sanitaire mondiale (GHSA), de nombreux pays ont commencé à s’approprier de l’approche « Une Santé » par la création des plateformes et de comités techniques chargés de faciliter, de coordonner et de promouvoir la collaboration, la coopération multisectorielle et transdisciplinaire pour la prévention, la préparation, la détection et la riposte contre les zoonoses et autres problèmes de santé publique à l’interface homme-animal-environnement. Cette stratégie mondiale « Une Santé » s’avère être la panacée. En effet, cette approche qui promeut la collaboration multisectorielle et multidisciplinaire entre les secteurs de santé humaine, animale et environnementale dans la prévention, la préparation et la riposte contre les menaces de santé publique susmentionnées est devenue une alternative incontournable pour la gestion des évènements de santé complexe.
Pour la Professeure Nadège Ngombe Kabamba, Coordinatrice de la Commission de coordination une santé (CCUS), il faut continuer à investir dans les recherches et à renforcer la collaboration entre différents acteurs pour la mise en place d’une stratégie efficace.
« Nous devons continuer à investir dans la recherche de développement afin de mieux comprendre le lien entre la santé humaine, la santé animale, la santé des végétaux et la santé de l'environnement. Nous devons également renforcer la collaboration entre les différents acteurs concernés, afin d'affiner les procédures et de mettre en œuvre des interventions efficaces. Tenez au cours de l'année 2021 et du premier trimestre 2022, la commission de coordination One Health a réalisé une série d'activités dont l'élaboration et la validation du guide de décentralisation », a déclaré la Professeure Nadège Ngombe Kabamba.
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