ORDURES A KINSHASA : UNE BOMBE A RETARDEMENT POUR LA SANTE PUBLIQUE
Kinshasa, capitale de
la République démocratique du Congo, est confrontée à une crise sanitaire
silencieuse mais alarmante : l’accumulation massive et incontrôlée des déchets
solides dans l’espace public. Dans cette mégapole de plus de 15 millions
d’habitants, la gestion des ordures est devenue un défi sanitaire,
environnemental et social majeur. Conséquence : les Kinois vivent au quotidien
sous la menace accrue de maladies infectieuses, respiratoires et chroniques,
alors même que le système de santé peine déjà à répondre aux besoins de la
population.
Par Paul-Daniel Okemba
Une ville en pleine croissance, une salubrité en déclin
Kinshasa connaît une croissance démographique fulgurante,
souvent non planifiée, qui génère chaque jour plus de 7 000 tonnes de déchets
solides. Selon l’OMS et la Banque mondiale, à peine 10 à 20 % de ces ordures
sont effectivement collectées par les services de la mairie. Sans tri sélectif,
sans infrastructures adaptées et avec la multiplication des décharges sauvages,
les ordures s’accumulent dans les rues, les marchés, les caniveaux et jusque
dans les rivières. Une bombe écologique et sanitaire à retardement
Conséquences sanitaires directes
Maladies infectieuses L’accumulation des déchets favorise la prolifération de rats, de mouches et de moustiques, véritables vecteurs de pathologies graves.
- Choléra : les flaques d’eau souillées deviennent
un terrain idéal pour le Vibrio cholerae.
- Typhoïde et dysenterie : la contamination des aliments et
de l’eau provoque des flambées régulières.
- Gastro-entérites : particulièrement fréquentes chez
les enfants, elles entraînent des épisodes de déshydratation parfois fatals.
Avec la saison des pluies, le risque s’accroît : ordures et
eaux usées se mélangent, transformant les quartiers en foyers propices à la
propagation des épidémies.
Maladies
respiratoires : un air irrespirable
Dans de nombreux quartiers, les tas d’ordures sont souvent brûlés à ciel ouvert. Une pratique qui dégage des fumées épaisses, saturées de particules fines et de substances chimiques nocives. L’air devient rapidement irrespirable. Les médecins tirent la sonnette d’alarme : les cas d’asthme, de bronchites chroniques et d’infections respiratoires aiguës se multiplient, tandis que les patients souffrant déjà de maladies cardiaques ou pulmonaires voient leur état s’aggraver. Les plus vulnérables restent les enfants, les personnes âgées et toutes les familles vivant à proximité immédiate de ces dépotoirs.
Santé maternelle et
infantile : les plus vulnérables en première
ligne
Dans les quartiers populaires, il n’est pas rare de voir des
enfants jouer à proximité immédiate des tas d’ordures. Une banalité qui cache
un véritable danger sanitaire. Les femmes enceintes ne sont pas épargnées : les
spécialistes mettent en garde contre un risque accru de fausses-couches, de
retards de croissance du fœtus et d’accouchements prématurés. Un cocktail
explosif pour une santé maternelle et infantile déjà fragilisée. Le cholera par
exemple, affiche une tendance haussière à Kinshasa.
Enjeux de santé
publique et défis structurels
Cette crise révèle de profondes défaillances structurelles :
- ·
Absence
d’un plan intégré de gestion des déchets à l’échelle municipale ;
- ·
Manque
chronique de financement et de personnel qualifié ;
- ·
Déficit
criant de sensibilisation des populations ;
- ·
Coordination
insuffisante entre autorités sanitaires, municipales et environnementales.
Pistes de
solutions : sortir Kinshasa de l’étouffement
Le chef de l’Etat venait de désigner des nouveaux mandataires
à la régie d’assainissement de Kinshasa (Raskin). Elle organise la collecte des
déchets nuitamment dans les grands carrefours. Son action est encore timide sur
terrain, même si elle dispose d’une unité de police de l’environnement. La
ville de Kinshasa s’est également rapprochée d’une firme turque experte de
l’environnement. La lutte passe aussi par la mobilisation citoyenne : campagnes
d’hygiène, implication des communautés, responsabilisation des quartiers. Du
côté institutionnel, le renforcement du cadre légal et des contrôles -
notamment pour les déchets industriels et hospitaliers -s’impose. Certains
proposent même la création d’un observatoire urbain de la santé
environnementale pour suivre, en temps réel, l’impact de l’insalubrité. Car le
constat est clair : si rien n’est fait, Kinshasa restera piégée dans un cercle
vicieux où les déchets alimentent des maladies évitables. Miser sur une gestion
durable des ordures, c’est protéger la santé publique, renforcer la résilience
urbaine et offrir aux générations futures l’espoir d’une capitale plus propre,
respirable et vivable.
Aucun commentaire pour le moment.