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JOELLE PANANGILA ITUMINE : SANTE ET ENVIRONNEMENT AU CŒUR DU DEVELOPPEMENT

Creator : MANAGERS Vues : 9 vues Created : 1 jour, 18 heures
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À l’occasion du mois de la femme, nous donnons la parole à Joelle Panangila Itumine, cheffe de projet et consultante engagée sur les liens entre environnement, politiques publiques et santé. Évoluant entre la France et la République démocratique du Congo, elle défend une approche globale de la santé, fondée sur la prévention, les déterminants non médicaux et la participation citoyenne. Elle met également en avant le rôle essentiel des femmes - en particulier des jeunes - dans la transformation sociale et l’amélioration durable de la santé des communautés.

Spécialisée en développement durable, en politiques publiques et en gestion des risques environnementaux, elle intervient à l’interface des institutions, des entreprises et des citoyens en RDC. Pour elle, la santé ne se limite pas à l’hôpital : elle se construit aussi dans l’aménagement des villes, la qualité de l’environnement, l’accès aux services de base et l’engagement communautaire.

Co-fondatrice de Alkea, elle développe des solutions concrètes visant à améliorer les conditions de vie en milieu urbain. À travers son parcours, elle incarne une nouvelle génération de leaders qui conjuguent expertise technique, innovation et engagement social.

Au-delà de son professionnalisme reconnu, Joelle Panangila Itumine se distingue par une présence inspirante et une détermination sereine. Sa rigueur intellectuelle, alliée à une profonde conviction humaniste, nourrit un engagement constant en faveur de la santé et du bienêtre collectif. Entretien.

Par Jérôme BATUNGASSANA

LE METROPOLIS SANTE PLUS : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous parler de votre parcours ? Qu’est-ce qui vous a orientée vers les questions de politiques publiques et de santé ?

 

JOELLE PANANGILA ITUMINE : Je suis cheffe de projet en développement durable et politiques publiques, avec un parcours entre la France et la République démocratique du Congo. Formée en droit puis en politiques de santé et risques environnementaux, j’ai compris que la santé ne dépend pas uniquement du système de soins, mais aussi des conditions de vie : environnement, urbanisation, assainissement et gestion des ressources. Ce qui m’a le plus marquée, c’est de réaliser que les problèmes de santé naissent souvent bien avant l’hôpital — dans la qualité de l’air, le logement, l’eau ou l’alimentation. Mon expérience de terrain a confirmé que les préoccupations des populations concernent d’abord leur cadre de vie.

 

Aujourd’hui, je défends une approche préventive de la santé publique : agir en amont, à travers les politiques environnementales et sociales, et renforcer la participation citoyenne pour améliorer durablement le bien-être des communautés.

 

À quel moment avez-vous compris que l’environnement et la santé étaient profondément liés ?

 J’ai compris le lien entre environnement et santé en deux temps : d’abord pendant ma formation, de manière théorique, en découvrant que de nombreuses maladies prennent racine dans les conditions de vie. Puis sur le terrain, lors d’une concertation à Fleury-Mérogis (en région parisienne), où un père témoignait des problèmes respiratoires de sa fille causés par l’insalubrité de leur logement. À ce moment-là, j’ai réalisé concrètement que les politiques de logement, d’urbanisme et d’environnement sont aussi des politiques de santé. Depuis, cette conviction guide mon travail : agir sur l’environnement, c’est déjà agir sur la santé.

Vous affirmez que la santé ne commence pas dans les structures de soins : pouvez-vous expliquer cette vision et préciser ce que recouvrent les déterminants non médicaux de la santé ?

La santé ne commence pas à l’hôpital, car la médecine intervient souvent une fois la maladie installée. Elle se construit d’abord à travers les conditions de vie : logement, eau, assainissement, air, alimentation, éducation ou revenus. Ces déterminants non médicaux expliquent une grande part des inégalités de santé. Dans des contextes comme la République démocratique du Congo, agir sur l’environnement et les politiques publiques est donc essentiel pour prévenir durablement les maladies.

Dans le contexte de la RDC, quels sont selon vous les facteurs qui influencent le plus la santé des populations en dehors du système médical ?

Pensez-vous que ces enjeux sont suffisamment pris en compte dans les politiques publiques ?

En République démocratique du Congo, la santé des populations est fortement impactée par les conditions environnementales et urbaines. L’accès limité à l’eau potable et à l’assainissement, la gestion insuffisante des déchets, la qualité de l’habitat et l’urbanisation rapide, notamment à Kinshasa, favorisent les maladies hydriques, respiratoires et vectorielles comme le choléra. Les événements climatiques, tels que les fortes pluies et inondations, aggravent ces risques en endommageant les infrastructures et en contaminant les sources d’eau. La croissance urbaine exerce une pression sur les services essentiels, transformant les vulnérabilités environnementales en vulnérabilités sanitaires immédiates. Ces réalités montrent que la santé publique ne peut se limiter aux soins hospitaliers : elle dépend aussi de l’aménagement des villes, de la gestion des ressources et de la prévention environnementale. Améliorer durablement la santé en RDC implique donc de créer des conditions de vie capables de prévenir la maladie avant même qu’elle n’apparaisse.

La gestion des déchets est souvent citée comme un problème majeur. Pourquoi est-ce aussi une question de santé publique ?

La gestion des déchets est un enjeu majeur de santé publique car elle influence directement l’exposition des populations aux risques sanitaires. Les déchets non collectés favorisent la prolifération de moustiques, rongeurs et bactéries, responsables de maladies comme le paludisme, les infections diarrhéiques ou cutanées. Le lixiviat issu de la décomposition des déchets peut contaminer les sols et les sources d’eau, tandis que les gaz produits dégradent la qualité de l’air et provoquent des troubles respiratoires. Les déchets obstruant les caniveaux aggravent les inondations et la propagation d’épidémies comme le choléra. Ainsi, investir dans la collecte et le traitement des déchets constitue une véritable prévention sanitaire, bien au-delà de la simple propreté urbaine.

L’accès limité à l’eau potable et à l’assainissement, la gestion insuffisante des déchets, la qualité de l’habitat et l’urbanisation rapide, notamment à Kinshasa, favorisent les maladies hydriques, respiratoires et vectorielles comme le choléra.

 

Le changement climatique commence également à affecter l’Afrique. Voyez-vous déjà des impacts sur la santé ?

Oui, le changement climatique affecte déjà la santé en Afrique, y compris en République démocratique du Congo, en aggravant les vulnérabilités existantes. Les événements extrêmes, comme les fortes pluies et inondations, contaminent l’eau et favorisent les maladies hydriques. Les variations climatiques modifient aussi les habitats des moustiques, étendant le risque de paludisme. Dans les villes comme Kinshasa, l’urbanisation rapide accentue ces effets, exposant les populations à des infections, traumatismes et troubles respiratoires. Les vagues de chaleur impactent également les personnes vulnérables et la sécurité alimentaire. Ces phénomènes montrent que santé, environnement et développement sont interdépendants, et que les politiques doivent intégrer prévention sanitaire et adaptation climatique.

Dans un contexte comme celui de la RDC, où certaines activités économiques ont un impact direct sur l’environnement et le cadre de vie, comment les entreprises peuvent-elles intégrer concrètement la santé des populations dans leurs politiques de responsabilité sociétale ?

En RDC, la santé publique peut être intégrée concrètement dans la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) en allant au-delà du mécénat ponctuel. Il s’agit d’abord de reconnaître que leurs activités impactent directement l’air, l’eau, les déchets, le cadre de vie et les conditions de travail des communautés. Concrètement, elles peuvent : améliorer la gestion des déchets et des eaux usées autour de leurs sites, réduire les émissions polluantes, soutenir l’accès à l’eau potable et à l’assainissement et développer des programmes d’éducation sanitaire et environnementale pour employés et communautés.

La RSE devient aussi un outil de prévention et de diffusion de bonnes pratiques en santé et environnement. Investir dans la santé des populations renforce la stabilité économique, la résilience des territoires et crée un lien durable entre développement économique, protection de l’environnement et bien-être collectif.

Au-delà de son professionnalisme reconnu, Joëlle Panangila Itumine se distingue par une présence inspirante et une détermination sereine. Sa rigueur intellectuelle, alliée à une profonde conviction humaniste, nourrit un engagement constant en faveur de la santé et du bien-être collectif

 

En tant que jeune femme engagée sur ces questions, quel regard portez-vous sur la place des femmes dans les politiques de santé et d’environnement ?

 Les femmes, et particulièrement les jeunes femmes, jouent un rôle central dans la prévention et le changement social, car elles sont souvent en première ligne pour gérer l’eau, l’alimentation, l’hygiène et la santé des enfants. Leur proximité avec les réalités quotidiennes fait d’elles des actrices naturelles de la santé et de l’environnement, capables de diffuser des pratiques bénéfiques à l’échelle du foyer et de la communauté.

Les jeunes femmes apportent aussi innovation et engagement, utilisant les outils numériques et la mobilisation citoyenne pour relier les enjeux locaux aux dynamiques globales. Cependant, elles rencontrent encore des obstacles : accès limité à l’éducation, aux financements, aux postes de décision, et normes sociales freinant leur légitimité. Pour libérer pleinement leur potentiel, il est essentiel de soutenir leurs initiatives, reconnaître leur expertise et faciliter leur participation active dans les politiques de santé et d’environnement.

Quelles devraient être les priorités pour améliorer la santé environnementale en RDC ? Si vous deviez proposer une réforme ou une action prioritaire, laquelle serait-elle ?

Pour améliorer la santé environnementale en RDC, la priorité serait de passer d’un modèle curatif à un modèle fondé sur la prévention. La réforme clé consisterait à institutionnaliser la prévention s a n t é - e n v i r o n n e m e n t comme pilier stratégique du développement. Trois actions majeures pourraient structurer cette approche :

·         Intégrer systématiquement une dimension sanitaire dans l’urbanisme et les projets d’infrastructures, avec des évaluations d’impact incluant la santé, pas seulement l’environnement.

·         Créer une instance interministérielle permanente santé-environnement urbanisme, pour coordonner les politiques et éviter les silos entre ministères.

·         Faire de l’assainissement urbain une priorité budgétaire nationale, au même titre que les routes ou l’énergie, afin d’assurer un environnement sain pour tous.

 

L’objectif est clair : réduire structurellement la production de maladies, diminuer les inégalités, renforcer la résilience des populations et transformer les vulnérabilités e n v i r o n n e m e n t a l e s en opportunités de développement durable.

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) des activités industrielles et urbaines sont souvent abordées sous l’angle climatique. Mais peut-on aussi les considérer comme un enjeu de santé publique, et quel rôle les entreprises devraient-elles jouer pour réduire ces impacts ?

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont aussi un enjeu de santé publique, car elles dégradent la qualité de l’air et favorisent maladies respiratoires, cardiovasculaires et chroniques, affectant particulièrement enfants, personnes âgées et populations exposées.

À Kinshasa, le trafic, la combustion de déchets et les sources d’énergie polluantes aggravent ces risques. Les entreprises ont un rôle clé : réduire les GES en améliorant l’efficacité énergétique, en adoptant des énergies propres, en gérant mieux les déchets et en intégrant des évaluations d’impact sanitaire à leurs décisions. Ainsi, agir contre les GES protège à la fois le climat et la santé, tout en contribuant à des villes plus respirables et résilientes.

La notion de « One Health », qui relie la santé humaine, animale et environnementale, prend de plus en plus d’importance dans les politiques sanitaires. Pensez-vous que cette approche pourrait aider des pays comme la République démocratique du Congo à mieux prévenir certaines crises sanitaires ?

L’approche « One Health », qui relie santé humaine, animale et environnementale, est particulièrement adaptée à la RDC, où de nombreuses crises sanitaires naissent à l’intersection de ces trois dimensions. Elle permet d’anticiper les risques plutôt que d’intervenir uniquement lors des crises, en renforçant la prévention à travers la surveillance intégrée et la coordination entre institutions. Son efficacité dépendra surtout d’une meilleure coopération locale et d’un partage de données opérationnel.

Et pour conclure …

Aux décideurs, il est crucial de comprendre que la santé publique ne se limite pas aux hôpitaux. Chaque décision en urbanisme, infrastructures ou environnement est une décision sanitaire. La prévention environnementale doit devenir un pilier stratégique pour réduire les crises, les inégalités et les coûts futurs, et faire de la qualité du cadre de vie un véritable capital pour le pays.

Aux jeunes Africains, l’engagement n’est pas réservé aux experts. Il consiste à relier savoirs scientifiques, réalités locales et innovations pour construire des solutions adaptées. L’Afrique a l’opportunité d’inventer un modèle préventif, intégré et résilient en matière de santé et d’environnement, à condition de s’engager avec rigueur, créativité et détermination

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