CARINE KUNSEVI KILOLA, PH.D.
CARINE KUNSEVI KILOLA, PH.D. CHERCHEURE EN IMMUNOLOGIE DE LA REPRODUCTION Docteure en Recherche Immunologique de l’Université de Stellenbosch, à Capetown, en Afrique du Sud, où elle travaille en tant que chercheure post doctorale au sein du groupe « Reproductive Immunology Research Consortium in Africa (RIRCA »), dans la division de l’immunologie. Depuis octobre 2023, Carine Kunsevi est installée aux USA, à Maryland, dans le cadre du programme de l’académie africaine des sciences appelée « African postdoctorale training academic initiative (APTI) », [NDLR : Initiative africaine de formation postdoctorale]. Par Jérôme BATUNGASSANA
MES DÉBUTS DANS LE DOMAINE DE LA RECHERCHE
Plutôt que de se consacrer aux études de médecine comme l’y prédisposait son parcours académique, cette Congolaise, la quarantaine, toujours souriante et bien habillée [NDLR : toujours bien sapée comme tout Congolais], est née à Kinshasa. Elle a préféré mettre son savoir-faire dans la recherche biomédicale comme domaine de prédilection, ce qui l’a conduite à aller travailler en Afrique du Sud, simultanément à ses études de Doctorat. C’est un long parcours qui a commencé dès l’obtention de son baccalauréat scientifique à Kinshasa en 2001 et s’est poursuivi par des études en biologie et chimie.
Son père, comptable retraité, l’a toujours soutenue dans sa volonté d’embrasser une carrière scientifique, si bien qu’il lui a proposé d’aller étudier à l’étranger. En 2007, Carine Kunsevi-Kilola arrive en Afrique du Sud et commence par poursuivre une formation en langue anglaise, question de se mettre dans le bain. A l’université, elle s’oriente vers les sciences biomédicales. Admise à l›Université en 2008, elle décroche sa Licence en 2009 et un Master en Technologie biomédicale obtenu à l’Université de Technologie de Cape Peninsula en 2014. En parallèle, elle doit exercer en tant que technicienne de laboratoire et accepter d’autres « petits boulots » pour subvenir à ses besoins pendant près de cinq ans.
Après sa maîtrise, Carine Kunsevi-Kilola obtient une bourse pour continuer ses études en Doctorat à l’Université de Stellenbosch. Dès sa première année, elle réussit à obtenir une bourse pour participer au 6ème Symposium africain des maladies infectieuses en 2015, ainsi qu’une bourse de Harry Crossley pour financer des équipements et produits de laboratoire. En 2016, la Fondation Bill et Melinda Gates, a travers son « Program Global Health Travel award », lui octroie une bourse de voyage pour la conférence « Tuberculosis co-morbidities and Immunopathogenesis (B6) », de Denver (Colorado), qui réunit tous les experts mondiaux en biologie moléculaire et cellulaire.
Thèse de Doctorat en Recherche immunologique, soutenue en 2022 à l’Université de Stellenbosch, fait partie d’un grand projet financé par les National Institutes of Heath (NIH) aux États-Unis. Des recherches sur la morbidité due au diabète de type 2, très dommageable pour le système immunitaire et en lien avec la contamination par la tuberculose, sont menées un peu partout dans le monde.
Un sujet loin d’être anodin pour Carine Kunsevi-Kilola, dont : l’une des sœurs a contracté la tuberculose à son jeune âge. Ces travaux requièrent un plateau technique considérable puisqu’il s’agit de déterminer l’association entre la tuberculose et le diabète au niveau des macrophages, par l’entremise de lavages broncho-alvéolaires, à l’intérieur des poumons de patients diabétiques :
« Prélever le sang pour faire une recherche sur la tuberculose est plus facile que de faire un lavage broncho-alvéolaire, mais nous savons que la bactérie de la tuberculose, quand elle est inhalée, se loge d’abord dans les poumons où elle rencontre les macrophages alvéolaires, qui sont là pour nous immuniser. » Désireuse de poursuivre des études postdoctorales en Afrique du Sud, Carine Kunsevi-Kilola rêve de retourner en République démocratique du Congo pour créer un laboratoire de recherche et y apporter des technologies de pointe telles qu’elle a pu en voir dans les pays qu’elle a traversés : "Le message que je souhaite porter au travers du Prix Jeunes Talents Afrique subsaharienne est qu’il n’y a aucune carrière aujourd’hui en Afrique que les femmes ne puissent embrasser, que ce soit la médecine, le droit ou les sciences. Je suis prête à encourager les jeunes filles congolaises à me rejoindre".
EN QUOI CONSISTE DONC LE TRAVAIL DE RECHERCHE DE CARINE KUNSEVI ACTUELLEMENT ?
Installée aux USA depuis octobre 2023, dans l’état de Maryland, elle travaille en tant que chercheure postdoctorale dans le cadre du programme de l’académie africaine des sciences appelée « African postdoctorales training initiative (APTI) », [NDLR : Initiative africaine de formation postdoctorale]. Et cela, en collaboration avec l’institut national de la santé et la Fondation Bill et Melinda Gates, pour renforcer le leadership scientifique africain et faire avancer les Objectifs de développement durable (ODD3) sur le continent. Ce programme vise à assurer la santé et le bien-être de tous, en améliorant la santé procréative, maternelle et infantile, en réduisant les principales maladies transmissibles, non transmissibles, environnementales et mentales.
Sa recherche durant ce programme APTI est basée sur le rôle du placenta dans la régulation du système immunitaire entre la mère et le fœtus. Ce projet fait partie de l’immunologie reproductive. Une branche de l’immunologie qui se concentre sur le rôle du système immunitaire dans la reproduction, en particulier dans la fertilité, la grossesse et le développement fœtal. « Pour tout dire, l’immunologie de la reproduction est un domaine de la médecine qui étudie les interactions entre le système immunitaire et les composants liés au système reproducteur.
Cela inclut la tolérance immunitaire maternelle envers le fœtus et les interactions immunologiques à travers la barrière sang-testicules. Pour aller plus en détails, « Mon projet d’étude actuel en médecine de la reproduction est basé sur le rôle du placenta en ce qui concerne la régulation du système immunitaire entre la mère et le fœtus surtout chez les femmes enceintes vivant avec le VIH et des femmes enceintes infectées par la malaria. Nous savons que les maladies infectieuses chez les femmes enceintes peuvent conduire dans les pertes de grossesse récurrentes et beaucoup d’autres cas », souligne Dr Carine KUNSEVI.
FEMMES ET SCIENCES
En 2019, Carine Kunsevi-Kilola est lauréate de la Xème édition du « For Women in Science Africa Subsaharan » à Dakar, programme lancé par le géant du cosmétique L’Oréal en collaboration avec l’UNESCO. Elle est la seule doctorante Congolaise (RDC) représentée à ce grand rendez-vous. Ce prix d’une valeur de 10.000 Euros lui a été décerné en présence de la Première Dame de la RDC, Madame Denise NYAKERU TSHISEKEDI.
En RDC, la proportion de femmes en poste au niveau hiérarchique supérieur, en termes d’enseignement à l’Université est très faible. Pourquoi ne progressent-elles pas autant que les hommes ? Il faut chercher à inverser la tendance. L’émergence du pays, fût-elle à l’horizon 2030 ou après, devra se faire avec tous les fils et toutes les filles, ainsi qu’avec des femmes aux plus hauts niveaux universitaires, notamment dans la recherche. Mais cela suppose une remise en question immédiate de la place de la femme dans le système éducatif congolais. Le Gender a-t-il une place dans le domaine de la Recherche ? That is the question ? Je pense vivement que les femmes doivent activement participer à la Recherche scientifique autant que les hommes.
DES MENTORS DANS LE DOMAINE DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE ?
Dr Carine Kunsevi-Kilola a évidemment ses mentors : "Je commencerai par le Professeur Jean-Jacques MUYEMBE, l’un de grands scientifiques de notre temps. J’ai beaucoup du respect pour lui. Cet homme a été de tous les combats scientifiques et sanitaires majeurs menés en République démocratique du Congo. La Professeure Francine NTOUMI du Congo-Brazzaville, une femme de poigne dans le domaine de la biologie moléculaire que j’avais rencontrée pour la première à Dakar en 2019. C’est l’une des meilleures spécialistes du paludisme en Afrique et l’une des plus grandes scientifiques dans le monde aujourd’hui". Professeure Francine NTOUMI est l’initiatrice du projet «Femmes et Sciences» en République du Congo, une idée que je partage avec elle. Quant à Katharina Ronacher, elle est originaire d’Autriche, mais Professeure d’Université à Queensland en Australie. Je garde des très bons souvenirs, car elle a été pour moi une véritable coach au vrai sens du mot. Quant à Dr Léanie Kleynhans, elle, est chercheure à l’Université de Stellenbosch. Katharina et Léanie ont dirigé l’équipe qui travaillait sur la tuberculose et le diabète au sein du groupe de recherche d’immunologie à l’Université de Stellenbosch, Aujourd’hui, elles travaillent toutes les deux à l’université de Queensland. J’ai eu à travailler avec elles dans mon projet de doctorat respectivement comme Directrice et Co-directrice de travail de recherche. Enfin, je ne pourrais jamais oublier une dame : Professeure Faith Osier. Cette immunologue kényane dont l’ambition est de former 1000 Africains spécialisés en immunologie d’ici 2030. Faith Osier est surtout connue pour ses recherches en immunologie et sur le paludisme. Elle étudie comment les humains acquièrent l’immunité contre le paludisme afin de développer de nouveaux vaccins contre cette maladie.
UNE AMBITION ?
Mon rêve est le même que celui de millions de jeunes Africains en quête d’emploi décent, d’un accès à une alimentation saine, suffisante et accessible, une bonne éducation pour ses enfants, formation et santé de qualité, et des opportunités de travailler pour le développement de son pays dans le domaine qui est le mien.
Aucun commentaire pour le moment.