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CANCER : POURQUOI LES AFRICAINS N’ACCEPTENT-ILS PAS LA MALADIE ?

Creator : MANAGERS Vues : 260 vues Created : 6 mois, 1 semaine
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Paradoxalement, alors que le cancer progresse rapidement en Afrique subsaharienne, la maladie reste difficile à admettre, à nommer et à affronter. Derrière ce refus souvent mal compris se cache une réalité complexe, où se mêlent stigmatisation, manque d’information, barrières économiques et fragilité des systèmes de santé. Enquête.

Un mot que l’on n’ose pas prononcer

Dans de nombreuses familles africaines, dire qu’un proche est atteint de cancer relève encore du tabou. Le mot se chuchote, parfois remplacé par « tumeur », « plaie », « maladie longue » ou tout simplement silencé. « Le cancer, c’est vu comme une sentence. Les gens préfèrent cacher », explique un infirmier oncologue de Kinshasa.

Dans certaines communautés, la maladie reste associée à la malédiction, à la sorcellerie, ou encore à une faute morale. Une perception qui enferme les patients dans la honte et les empêche d'accéder tôt aux soins.

Une connaissance encore insuffisante

Si les campagnes de sensibilisation progressent, elles restent concentrées dans les grands centres urbains. Dans les zones rurales, beaucoup ignorent encore les facteurs de risque : tabac, alcool, alimentation, pollution, infections chroniques comme le virus HPV ou l’hépatite B. Les symptômes précoces sont rarement connus : une masse anormale, des saignements inhabituels, une toux persistante sont souvent banalisés.

« Beaucoup pensent que le cancer n’existe pas chez nous, que c’est une maladie des pays riches », observe une médecin camerounaise.

Résultat : dans une grande majorité de cas, le diagnostic est posé à un stade avancé, quand les possibilités de guérison sont minces.

La peur d’un verdict sans espoir. Les témoignages convergent : se faire dépister fait peur. Pour beaucoup, entendre « vous avez un cancer » équivaut à signer un arrêt de mort. Cette perception, héritée des décennies où les soins étaient quasi inexistants, persiste malgré les progrès de la prise en charge. « Les gens se disent : si je vais à l’hôpital, on va m’annoncer quelque chose que je ne pourrai ni soigner ni payer. Alors ils préfèrent ne rien savoir », raconte un agent de santé au Sénégal. Cette peur retarde la consultation et complique la prise en charge.

Médecine traditionnelle : première étape d’un long parcours

En Afrique, la médecine traditionnelle demeure profondément ancrée.

Guérisseurs, herboristes et tradipraticiens jouent un rôle social et thérapeutique essentiel. Lorsqu’un symptôme apparaît, c’est souvent vers eux que les familles se tournent d’abord. Certains promettent de « retirer » la tumeur ou de « purifier » le corps. Parfois, ces traitements alternatifs retardent de plusieurs mois l’accès aux soins spécialisés. Pourtant, les experts prônent une collaboration plutôt qu’une opposition : former les tradipraticiens à reconnaître les signes graves peut sauver des vies en orientant plus tôt les malades vers les hôpitaux.

Quand le coût devient une barrière psychologique

Le cancer est l’une des maladies les plus coûteuses. Entre les examens, les biopsies, les opérations, les chimiothérapies et les déplacements vers les centres de radiothérapie parfois très éloignés, la facture dépasse largement les moyens de la majorité des ménages africains. Face à l’impossibilité financière, beaucoup préfèrent nier la maladie. Une femme congolaise interrogée résume ce sentiment : « Pourquoi accepter une maladie que je ne pourrai jamais traiter ? ».

Dans certains pays, un seul appareil de radiothérapie doit couvrir plusieurs millions d’habitants. Les files d’attente peuvent atteindre des mois. Cette réalité contribue au fatalisme.

Des systèmes de santé encore trop fragiles

Au-delà des croyances et du coût, l’inacceptation du cancer reflète aussi les limites structurelles des systèmes sanitaires. Manque d’oncologues, pénurie de médicaments, absence de soins palliatifs, diagnostics tardifs : les obstacles sont nombreux. Cette fragilité nourrit l’idée que la médecine moderne « ne peut rien faire », renforçant la méfiance envers le diagnostic.

Tabous et silence autour du corps

Le poids de la culture joue également un rôle déterminant. Dans certaines sociétés, parler de son corps reste un acte intime, parfois honteux. Les cancers du sein, du col de l’utérus ou de la prostate sont particulièrement stigmatisés. La pudeur, la peur du regard des autres ou la honte d’exposer ses symptômes mènent à des consultations tardives. Dans le cas du cancer du col de l’utérus, première cause de mortalité féminine dans plusieurs pays, ce silence culturel est dramatique.

Vers une meilleure acceptation : un chantier urgent

Si le cancer reste difficile à accepter, ce refus n’est pas immuable. Les solutions existent : renforcer la sensibilisation, notamment dans les zones rurales, former davantage d’oncologues et équiper les hôpitaux, rendre les traitements financièrement accessibles, lutter contre la stigmatisation en impliquant leaders communautaires, influenceurs et médias et collaborer avec les tradipraticiens pour accélérer l’orientation des patients. L’acceptation n’est pas seulement un enjeu culturel : c’est une question de survie. Et pour beaucoup d’Africains, reconnaître le cancer est la première étape pour le combattre.

 

 

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